Mercredi 29 décembre 3 29 /12 /Déc 14:31

La question était : "En quoi la citoyenneté moderne hérite-t-elle de l'histoire antique" ?

 

Quelques remarques avant la correction :

 

La plupart d'entre vous ont mis en oeuvre, comme la question le demandait, une comparaison des citoyennetés antique et moderne (en prenant le cas de la France le plus souvent). En effet, pour montrer dans quelle mesure nos conceptions et nos pratiques de la citoyenneté sont héritées d'Athènes et de Rome, il fallait parler de celle-là et de celles-ci. La démonstration consistait alors à effectuer des rapprochements, à montrer les continuités, mais aussi à nuancer lorsque nécessaire. Un plan convenable était donc de décomposer le thème de la citoyenneté en lignes de force (la notion de citoyenneté, les droits et devoirs, l'organisation institutionnelle) pour dégager, pour chaque aspect, les rapprochements. Traiter successivement et linéairement citoyenneté antique puis moderne (ou l'inverse) n'était pas tenable, d'autant que la synthèse devait se limiter à une vingtaine de lignes.

 

La principale défaillance constatée est le traitement superficiel, approximatif de la question. Il y a donc rappel à l'ordre sur le travail personnel, d'autant que vous aviez les éléments pour produire une réponse intéressante (le cours d'une part, vos connaissances, le temps de compléter par des recherches, ce que trop peu d'entre vous ont fait). Il fallait mobiliser des faits concrets et notions précises, chercher l'exactitude, rendre à Rome ce qui est à Rome et à Athènes ce qui lui appartient, nuancer, de rien avancer que de vérifiable. Cette carence explique pour une bonne part la faiblesse des notes. Vous vous contentez, en règle générale, de bien peu. Le travail personnel ne doit pas être uniquement concentré sur la préparation ponctuelle des devoirs en classe !!

 

Autre défaillance : l'expression écrite. A ce stade de l'année, vous devez hausser votre niveau d'exigence. Rédiger, ce n'est pas jeter des bouts de phrase sur le papier en espérant que cela ait du sens. C'est (au moins dans le cadre d'un écrit scolaire) :

- le souci de la correction de la langue (registre de langue et vocabulaire ; syntaxe (ponctuation en particulier), orthographe), et de celui de la présentation matérielle (graphie, mise en page, copie impeccable).

- un exigence "morale"  dans l'acte d'écrire, lequel vous engage. Règles de conduite de base : prudence, justesse, sens de la mesure. Vous écrivez pour être lu par un autre. Cela va au-delà de l'écrit scolaire.

- une progression cohérente de la démonstration (et donc du raisonnement, c'est la même chose). Trois étapes, toujours : poser le problème ; le décomposer en plusieurs parties ; faire un bilan final. Dans le corps du paragraphe, hiérarchiser les développements, enchaîner logiquement les idées et les exemples. L'on doit pouvoir sentir que votre rédaction est "orientée" vers la résolution de la question.

 

 

 

 

Proposition de correction

 

Athènes au Vème siècle av J.-C., et Rome, de la République à l'Empire, ont inventé la citoyenneté, c'est-à-dire l'idée que les habitants n'étaient pas de simples sujets, mais participaient à la vie politique, à la vie de la cité. En quoi nos principes et nos pratiques de la citoyenneté héritent-ils de l'exemple antique ?

 

A Athènes comme à Rome, la citoyenneté repose sur la notion de cité, réalité politique et non territoriale. Dans le cadre de celle-ci, les habitants sont reconnus comme partie prenante de la chose publique, de la "res publica". Seulement, l'extension de cette reconnaissance varie en fonction de la définition statutaire de la communauté politique : très limitée à Athènes, où les conditions d'accès excluaient de fait la grande majorité de la population (femmes, esclaves, étrangers, esclaves) de la citoyenneté , celle-ci s'élargit dans l'empire romain jusqu'à déboucher, avec l'édit de Caracalla, en 212 ap. J.-C., sur une citoyenneté quasiment universelle. Les démocraties modernes, en France par exemple, concoivent également la vie politique comme communauté politique de citoyens. La différence étant que les conditions d'accès se sont progressivement élargies : la citoyenneté française est  liée à la nationalité, et  sans discrimination de sexe (depuis 1945) ou de condition économique.

 

L'exercice de la citoyenneté repose, dès l'Antiquité, sur le vote, qui manifeste l'implication du citoyen dans la vie de la cité.  Si le citoyen est véritablement souverain dans l'Athènes antique, puisque par le vote il élit ses réprésentants, vote les lois ou accède aux magistratures, il en va autrement dans le domaine romain où la maîtrise politique échappe aux citoyens, particulièrement à partir du principat d'Auguste. En ce sens, notre démocratie hérite bien davantage d'Athènes que de Rome [, même si l'on peut soutenir l'idée que la construction européenne dépossède en partie les citoyens européens de la maîtrise des décisions qui les concernent]. Quoiqu'il en soit, d'autres droits sont associés à la citoyenneté antique, ce sont les droits civils (sujets de droits protégés par la loi ; droit de mariage ; droit de propriété). Si nous avons hérité de ces droits, nos régimes les ont complété par d'autres, à l'époque moderne (DDHC de 1789 notamment) et contemporaines (les droits sociaux et économiques en 1945).

Les devoirs sont la contrepartie des droits, aussi bien de nos jours que pour les exemples antiques. Nous avons conservé l'idée que l'appartenance à la communauté politique était assortie de certains devoirs. Outre le respect des lois, nous avons  repris la notion de devoirs économiques (impôts directs et indirects, dûs par tous les citoyens romains ; principe d'une redistribution des riches vers les pauvres contenue dans l'institution des liturgies), mais d'autres sont tombés en désuétude : les devoirs religieux [quoique cela puisse être nuancé : aux Etats-Unis par exemple, où l'on peut parler d'une religion civique], et plus récemment devoirs militaires, puisque en 1996, le service national a été abandonné.

 

Enfin, la citoyenneté élaborée dans l'Antiquité a débouché sur des pratiques politiques très différentes. Au-delà des différences institutionnelles, Athènes comme Rome ont voulu se prémunir comme le retour de la monarchie et de la tyrannie. Dans le cas athénien, cela a été rendu possible par une véritable séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires sous le contrôle permanent de l'Ecclésia, c'est-à-dire des citoyens : une démocratie directe. A Rome, le passage de la République à l'Empire a correspondu dans les faits, sinon dans le discours, à un retour de la monarchie. Pourtant, si nous avons puisé dans l'exemple grec et l'avons adapté en démocratie représentative (Révolution Française), nous avons également gardé certains institutions romaines : le Sénat, par exemple (sur le "Capitole" aux Etats-Unis), mais adapté aux régimes démocratiques.

 

Il apparaît dont que les Modernes ont repris et adapté les formes de la citoyenneté inventées par les Anciens, aussi celle de la démocratie du siècle de Périclès que, paradoxalement, celle de l'Empire romain.

Par Fabrice Bocquet - Publié dans : 2nde Histoire-Géo français/anglais
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